VTT : Julien Absalon analyse ses Championnats du Monde

Auteur : AW - 30/06/2008 12:39 pm

La semaine à été dure mais riche en enseignements ...



« J’ai décidé de terminer ma préparation pour le mondial par une Coupe d’Italie à une dizaine de kilomètres du site du mondial. Je termine 2ème au sprint, de cette course très roulante. Je n’étais pas totalement satisfait, mais les sensations commençaient à revenir. Ce qui s’est confirmé en début de semaine notamment lors des derniers entraînements difficiles du mardi et du mercredi. Mais le mercredi soir, mon dos me faisait souffrir (suite à ma chute en Andorre).

Jeudi, les douleurs sont plus importantes. Heureusement, c’est mon jour de repos. Samuel, le Kiné de l’Equipe de France me manipule et essaie de me remettre sur pied.

Le vendredi, la douleur est forte, mais je vais sur le circuit. Les jambes sont au top (des sensations que je n’avais pas ressenties depuis un certain temps), mais je suis limité, par le dos et mes côtes, ce qui me mène à la chute en fin d’entraînement où j’explose mon casque dans un arbre et je tape le genou par terre. Retour sur la table du masseur pour épanchement de synovie au genou droit. Je me dis que c’est la loi des séries et je garde le moral car les sensations sont bonnes. Je suis motivé pour me battre et pour garder ce maillot arc-en-ciel.

Samedi, les douleurs dorsales sont moins importantes mais cette fois, c’est le genou qui me fait souffrir malgré cela l’entraînement se passe bien.

Dimanche, jour J, je me sens prêt et motivé pour me battre, je mets de côté mes problèmes physiques et me conditionne mentalement pour livrer bataille.

L’échauffement se passe bien, la condition est là.
Sur la ligne, je suis concentré. Top départ : je manque ma pédale et me fais dépasser dans la 1ère ligne droite mais je réussis à me replacer en 5ème position sur la boucle de départ. Puis surprise, ma chaîne « saute » sur la plupart des pignons, lorsque je pousse fort. Je me dis que cela ne tiendra pas et qu’elle va casser d’une minute à l’autre, je prends donc un dérive-chaîne au poste matériel. Cet incident me perturbe et je laisse filer, j’en oublie de me ravitailler correctement. Sauser et Vogel en profitent pour me distancer, bientôt suivis par Kessiakof.

Dans le 3ème tour, lors d’une petite montée raide, je croise fortement ma chaîne (gros plateau – gros pignon) et le maillon rapide qui devait être mal positionné se replace et les vitesses fonctionnent à nouveau normalement. Cela me remotive, je reviens d’abord sur Kessiakof et prend la 3ème place provisoire. Puis, je tente de revenir sur Vogel qui perd du terrain face à Sauser.
Je me bats pour une médaille, mais je réalise que Sauser est intouchable, il a plus de 2 minutes d’avance et mène un train d’enfer.
Puis à l’approche du dernier tour, j’ai de plus en plus chaud et les forces commencent à manquer. Dans une ascension raide, mes jambes me lâchent, plus de force, mon champ de vision se rétrécit, puis « voile noir », je ne vois presque plus rien et je tombe sur le côté. Je tente de repartir, je termine la côte à pied, mais un peu plus loin je dois me résoudre à l’abandon. Je ne suis plus capable de pédaler et de monter la moindre côte : gros coup de chaud et déshydratation, je n’ai pas assez bu lors des premiers tours, je m’en veux. Je regarde les autres concurrents passer, puis j’entends le speaker qui annonce Sauser à l’arrivée. Il est champion du monde...

La semaine à été dure mais riche en enseignements. Je n’ai pas été épargné par les problèmes, mais il y a eu aussi du positif : la condition physique est revenue après quelques semaines de doutes et j’ai retrouvé mes sensations de pilotage en descente.

J’étais dans l’allure pour une médaille jusqu'à ce coup de chaud. Mais pour gagner un championnat du monde, il faut être dans un jour parfait, ce n’était pas mon cas. Pour battre Sauser, il aurait fallu être au top du top car il était impressionnant. Je suis content pour lui car il le mérite, c’est un grand compétiteur qui court depuis des années après un titre. Je pense qu’il représentera bien notre sport. Je suis bien sûr très déçu de perdre le maillot mais je préfère que ce soit lui qui le récupère plutôt qu’un autre. Porter ce maillot n’est pas facile, il apporte beaucoup de pression. J’ai supporté cette pression pendant 4 ans, je suis maintenant content de me libérer de cette pression de la donner à Sauser.

Je ne suis désormais plus, le seul homme à battre et l’unique favori pour les Jeux. Cette position est finalement plus facile à gérer et va me permettre d’aborder les JO de manière plus sereine.

On apprend beaucoup plus lors de ses défaites que lors de ses victoires, j’ai appris beaucoup de chose cette semaine. Je n’oublie pas que mon objectif principal cette saison est la course Olympique, je suis donc encore plus motivé. Je vais maintenant me reposer pour récupérer physiquement et mentalement avant de commencer ma préparation olympique. »


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